Santé
Mesurer la qualité de l'air intérieur dans un bureau
Que mesurer dans un bureau (CO2, température, humidité), quelles valeurs de référence existent en France, quels appareils, où les placer et combien de temps mesurer.
La mesure qualité de l'air intérieur d'un bureau repose d'abord sur le CO2, la température et l'humidité relative. Le CO2 montre si l'air est assez renouvelé pour le nombre de personnes présentes. Dans les sources lues, aucune règle française n'impose de surveiller en continu la qualité de l'air d'un bureau. Le Code du travail impose en revanche de renouveler l'air, et des valeurs de référence existent pour vous aider à lire les mesures.
Que faut-il mesurer dans un bureau ?
Commencez par trois grandeurs simples, puis ajoutez les autres si vous avez un doute précis.
- Le CO2, en ppm (parties par million). Il vient surtout de la respiration. Plus il y a de monde et moins l'air est renouvelé, plus il monte.
- La température de l'air, en degrés Celsius.
- L'humidité relative, en pourcentage.
- Les composés organiques volatils (COV), des gaz émis par les produits d'entretien, les meubles ou les peintures.
- Les particules fines, des poussières très petites en suspension dans l'air.
Les trois premières grandeurs se lisent avec des repères connus. Pour les COV totaux et les particules, je n'ai pas trouvé de seuil réglementaire pour un bureau dans les sources lues. Un capteur donne alors surtout une tendance : un pic après le ménage ou une hausse près d'une imprimante.
La mesure qualité de l'air intérieur en pratique : que dit le Code du travail ?
Le Code du travail fixe des règles de renouvellement d'air, pas un seuil de CO2. Selon l'article R. 4222-1, l'air des locaux fermés où séjournent des travailleurs est renouvelé pour garder une atmosphère saine et pour éviter les hausses exagérées de température, les odeurs et la condensation.
Selon l'INRS, le débit minimal d'air neuf pour une activité de bureau est de 25 m3/h par occupant. L'INRS précise que ces débits ne peuvent pas être réduits. L'article R. 4222-5 permet l'aération par les seules fenêtres si chaque occupant dispose d'au moins 15 m3 de volume dans un bureau. Sinon, il faut une ventilation mécanique.
Ces articles parlent de débit d'air, pas de concentration de CO2. La mesure qualité de l'air intérieur sert donc à vérifier que ce débit arrive vraiment dans la pièce.
En Belgique, la règle est différente. Selon le SPF Emploi, le Code du bien-être au travail (article III.1-34) demande que le CO2 reste en général sous 900 ppm, ce qui correspond à 40 m3/h de ventilation par personne. Une variante à 1 200 ppm et 25 m3/h est permise si l'analyse de risques le justifie.
Quelles valeurs de CO2 retenir pour lire vos mesures ?
L'ANSES indique que les limites réglementaires ou normatives de CO2 varient en général entre 1 000 et 1 500 ppm. Elle ajoute que ces limites n'ont pas de signification sanitaire en elles-mêmes. L'ANSES n'a pas établi de valeur guide pour le CO2. Elle recommande de l'utiliser comme indicateur de confinement de l'air, avec la norme NF EN ISO 16000-26 pour la stratégie de mesure. Sa page date de 2013.
Le guide de surveillance du CO2 du ministère de la Transition écologique, écrit pour les écoles et les crèches, donne trois niveaux. Sous 800 ppm, le renouvellement de l'air est jugé satisfaisant. Entre 800 et 1 500 ppm, il est moyen. Au-dessus de 1 500 ppm, il est insuffisant. Ce guide ne vise pas les bureaux, mais ses repères sont les plus clairs en France pour lire une courbe de CO2.
Quelles règles ne valent que pour les écoles, crèches et autres ERP ?
La surveillance obligatoire de la qualité de l'air vise certains établissements recevant du public (ERP), pas les bureaux. Selon les documents du ministère, le dispositif révisé s'applique depuis le 1er janvier 2023 aux crèches, aux accueils de loisirs et aux écoles, collèges et lycées. Depuis le 1er janvier 2025, il couvre aussi certaines structures sociales et médico-sociales.
Ces établissements doivent faire une évaluation annuelle de l'aération, avec une mesure directe du CO2, et un autodiagnostic au moins tous les quatre ans. Des organismes accrédités mesurent le formaldéhyde et le benzène aux étapes clés de la vie du bâtiment. Un bureau privé n'est pas dans cette liste. Vous pouvez quand même vous inspirer de ces méthodes, comme le fait la suite de cet article.
Quel appareil choisir pour mesurer l'air d'un bureau ?
Pour la mesure du CO2, choisissez un capteur à infrarouge non dispersif (NDIR), ou une technologie de performance équivalente. C'est ce que demande le guide du ministère pour les ERP, avec une plage d'au moins 0 à 5 000 ppm et une incertitude maximale de plus ou moins 50 ppm plus 5 % de la valeur lue.
Vous trouverez trois types d'appareils : l'afficheur simple avec des couleurs, le capteur connecté qui enregistre les valeurs, et le capteur multi-paramètres qui ajoute température, humidité, COV et particules. Un afficheur suffit pour sensibiliser une équipe. Pour comprendre un problème, la mesure qualité de l'air intérieur doit être enregistrée dans le temps. Nomestic propose le capteur Airsight Pro pour suivre plusieurs paramètres pièce par pièce.
Contrôlez l'appareil avant usage. Le guide du ministère propose de le laisser dehors 15 à 30 minutes : il doit afficher entre 400 et 450 ppm.
Où placer le capteur et combien de temps mesurer ?
Le guide du ministère demande un capteur par pièce, à une hauteur de 1 à 2 mètres. Placez-le de préférence au centre de la pièce, à au moins 1 mètre des murs. Éloignez-le des bouches de ventilation, des fenêtres ouvertes, des sources de chaleur, du soleil direct et de la bouche des personnes. Une table est tolérée comme support.
Pour la durée, le protocole des ERP prévoit une campagne de 4,5 jours en continu, avec une mesure toutes les 10 minutes. La condition est que la pièce accueille entre 0,5 et 1,5 fois son effectif théorique. Pour un bureau, ce protocole n'est pas obligatoire. Une semaine de travail complète, avec des journées de forte et de faible présence, est une base raisonnable. C'est une suggestion de ma part, pas une règle.
Quelle température et quelle humidité viser ?
L'INRS donne des repères pour un travail sédentaire de bureau : 20 à 24 °C en hiver, 23 à 26 °C en été et 40 à 70 % d'humidité relative. La vitesse de l'air au poste ne devrait pas dépasser 0,2 m/s. L'INRS ne cite aucune température minimale légale sur cette page.
Si vous suivez plusieurs pièces, une plateforme de gestion technique du bâtiment peut rassembler les courbes de chacune. Si votre bâtiment relève du décret BACS, lisez aussi Décret BACS : qui est concerné, seuils 290 kW et 70 kW.
Lisez les courbes par jour d'occupation. Un CO2 qui monte à chaque réunion et redescend après indique une pièce sous-ventilée à l'heure de pointe. Un CO2 qui ne redescend jamais vers 400 à 450 ppm, même la nuit, demande de contrôler le capteur avec le test décrit plus haut. Une mesure qualité de l'air intérieur sur une semaine complète montre ces écarts.


